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Les Croisés aux portes de Zadar...


11 novembre 1202: date noire dans l´histoire de Zadar. Assiégée par les Francs en route vers la IVe Croisade qui verra la chute de Constantinople, la ville sera pillée et ses monuments détruits.

 

Les Croisés aux portes de Zadar...

 

11 novembre 1202: date noire dans l´histoire de Zadar. Assiégée par les Francs en route vers la IVe Croisade qui verra la chute de Constantinople, la ville sera pillée et ses monuments détruits.

 


Au Moyen Âge, Zadar sur la côte Est de l´Adriatique connaît une période dorée, faisant ainsi ombrage à Venise qui armera les Croisés pour se lancer à maintes reprises, particulièrement aux XIIe et XIIIe siècles, à l´assaut de cette rivale dalmate. Faisant face aux multiples offensives vénitiennes, Zadar poursuit son développement urbain, établit des relations économiques et politiques avec l´arrière-pays où était en place un état croate dont l´élite peu à peu s´intègre à la vie urbaine, d´ailleurs louanges et cantiques chantés en langue croate accueilleront le pape Alexandre III lors de sa visite à Zadar en 1177.

 

Résistant aux assauts incessants et de plus en plus violents de la Sérénissime, qui l´occupa brièvement en l´an 1000, Zadar quitte au cours du XIe s. le joug byzantin et passe à partir de 1069, à l´instar d´autres municipalités dalmates, dans le giron de l´état croate du roi Petar Krešimir IV. Luttes de dynastie et mort du roi Dmitri Zvonimir en 1089 renvoient Zadar en 1105 sous la suzeraineté du roi hungaro-croate Koloman. Malgré une vaillante opposition des habitants, les Vénitiens reprennent le contrôle de la ville en 1116 et Zadar attendra l´an 1181 pour retrouver une large  autonomie sous le règne d´un autre roi hungaro-croate, Bela III.

 

En 1198, une nouvelle croisade en Égypte se dessine. Au printemps 1202, Boniface II de Montferrat à la tête de l´expédition envoie des émissaires à Venise - dont le chevalier et chroniqueur Geoffroi de Villardhouin qui nous relate les faits- pour négocier le transport de 4500 chevaliers, de leur monture, de 9000 palefreniers et 20 000 fantassins. La Sérénissime propose une flotte de 200 navires moyennant 85 000 marcs d´argent. La somme exigée n´ayant pu être réunie, les Croisés sont bloqués au port. Enrico Dandolo, doge de Venise vieux et presqu´aveugle, propose d´annuler leur dette s´ils acceptent en contrepartie de prendre la riche ville portuaire de Zadar. Certains croisés refusant une guerre fratricide rentrent dans leur foyer; les autres en grand nombre se plient aux exigences du doge. Mais pour Dandolo, ambitieux et subtil diplomate, la prise de Zadar n´est pas le seul objectif; il envisage, avec le soutien d´Alexis, fils de l´empereur déchu Isaak II Ange, de récupérer le trône de Byzance. La croisade prend alors une autre dimension: la lutte contre les infidèles devient bataille économique et politique. Début octobre 1202 une flotte impressionnante met voile sur la côte dalmate pour arriver le 11 novembre devant Zadar. Geoffroi de Villardhouin évoque dans ses écrits une cité „protégée de murailles et de tours impressionnantes“, et „qu´il eut été vain de chercher ville plus belle et plus riche“.

 

Ni les supplications et tentatives de négociation du roi Emeric en place dans la ville, ni le déploiement de croix sur les murailles n´empêchent le siège et la prise de Zadar la chrétienne par les croisés.

 

À Venise, le pape Innocent III, prévenu de la tournure des événements, délègue des émissaires pour mettre fin au siège, mais en vain, l´assaut va durer deux semaines et la ville sera contrainte de capituler le 18 novembre; s´ensuivent pillages et massacres; la population fuit à Nin et à Biograd. Croisés et Vénitiens, qui seront excommuniés pour avoir attaqué une terre chrétienne, vont séjourner à Zadar jusqu´au printemps 1203. Ils vont, à l´initiation du doge, fragiliser les remparts maritimes et intensifier la fortification de la muraille côté terre ferme afin de contrer toute attaque éventuelle de l´armée hungaro-croate. Douze des chefs croisés suivent le jeune héritier byzantin Alexis dans la reconquête du trône de Constantinople, les autres se mettent au service du roi hungaro-croate et chassent les derniers croisés de la ville avec l´aide de Domald, le plus puissant chef croate, qui en 1204 reçoit le titre de Prince de Zadar. Peu à peu la ville retrouve sa population, et Biograd qui avait accueilli de nombreux réfugiés prend le nom Stari Zadar (en italien Zara Vecchia nom que certains lui donnent encore aujourd´hui).

 

Plusieurs chroniqueurs mentionnent que la conquête de Zadar n´est autre que le prologue à la chute de Constantinople qui surviendra 2 ans plus tard avec le massacre de sa population chrétienne. L´affaiblissement de Byzance facilitera plus tard l´incursion turque en  Europe.     

 

Malgré de nombreuses révoltes et quelques brefs succès d´autonomie, Zadar signe en 1205 un accord avec le doge Rainier Dandolo lui assurant un long répit, et reste sous administration vénitienne jusqu´en 1358, avec une courte période (1242-1247) hungaro-croate. Le 18 février 1358, Venise reconnaît les droits du roi Louis Ier d´Anjou sur Zadar et les villes dalmates.  

 

 


Source: Nada Klaić et Ivo Petricioli: „Zadar- période médiévale jusqu´en 1409“- Faculté des Lettres de Zadar 1976.

 

Photographies: Andrea Vicentino "Les Croisés à l´assaut de Zadar 1202", huile sur toile, XVIe s. – Palais des Doges, Venise.